L’intelligence artificielle générative a bouleversé la création de contenu, elle produit aujourd’hui des documents de qualité au point qu’il est difficile de distinguer les contenus rédigés par des IA de ceux rédigés par des humains.

Cet article donne des pistes et rassemble quelques indices et méthodes en précisant leurs limites.
Il n'existe pas de critère infaillible pour savoir si un texte a été rédigé par une intelligence artificielle, pourtant le détecter peut-être important dans certains cas comme par exemple pour un enseignant détecter les devoirs générés par une IA, vérifier l’origine des productions intellectuelles, respecter la transparence.
En réalité on ne dispose pas de méthode sûre mais plutôt d'un faisceau d'indices qui analysés et ordonnés peuvent annoncer une origine IA probable. Depuis l 'été 2026, un outil technique nouveau s’est ajouté c’est le filigrane invisible que certains fournisseurs inscrivent maintenant dans les textes générés.
1. Comprendre comment l'IA écrit
Il faut bien prendre en compte qu’un grand modèle de langage comme ChatGPT, Claude, Gemini…, écrit mot après mot. Chaque mot est ‘calculé’ à l’aide de probabilités. À chaque étape, le modèle évalue la vraisemblance de tous les mots possibles pour prolonger le texte et il retient les meilleurs candidats avant d’en prendre un.
Par exemple si on prend la phrase « Le rédacteur web écrit un… », le modèle estime que ‘article’ a environ 55 % de chances, ‘contenu’ a 25 % , estime à 12 % le mot « texte », 5 % pour « courriel » et 3 % pour « livre ». Le mot ’feuillet’ est très improbable et serait plutôt choisi par un humain.
- L’IA va privilégier les mots et tournures les plus attendus. Le choix comporte une part de hasard, mais le résultat se basera sur le vocabulaire le plus fréquent. L’écriture sera lisse, prévisible, et aura à terme tendance à amener un appauvrissement progressif des contenus en ligne.
- Les modèles ont également été entrainés pour rester bienveillants, neutres et obligeants car les utilisateurs préfèrent des réponses qui ne les contredisent pas ou ne les mettent pas en cause.
2. Les indices de style
La plupart des indices qui suivent découle des considérations précédentes sur la façon dont l’IA écrit.
2.1 - Le vocabulaire
Le vocabulaire utilisé est souvent particulier et spécifique.
- Des mots comme « crucial », « essentiel », « en effet », « il est important de noter que », « plonger dans », « un véritable », « en somme », « paysage » (au sens figuré), « fascinant », « riche et complexe ». En anglais, le célèbre « delve » sont des usages récurrents.
- l'IA a beaucoup appris des pages de vente, des sites corporate américains et des blogs de développement personnel. Le ton est généralement enthousiaste, avec une posture de « coach de vie » et ressemble à un lexique de copywriting et de développement personnel.
- L'IA reste enfermée dans le vocabulaire du sujet traité (un texte de psychologie ne sort pas du lexique de la psychologie). Une image venue d'ailleurs, une touche d'originalité, signale plutôt un humain, le champ lexical est plutôt cloisonné.
- L’IA emploie régulièrement des euphémismes et des périphrases comme les exemples suivants :
- ‘Naviguer dans le paysage complexe’ pour éviter de la simplicité et ajouter de la longueur/
- ‘Tirer parti de’ qui est une formule corporate neutre
- ‘Améliorer l’expérience utilisateur’ qui est un Buzzword SEO fréquemment utilisé dans l’entraînement
- ‘Optimiser les processus’ est une expression de jargon managérial très utilisée.
- ‘Mettre en œuvre des stratégies’ qui est plus valorisant que d’écrire ‘Applique une méthode’.
2.2 - Les tournures
Exemples :
- « Ce n'est pas X, c'est Y », « Il ne s'agit pas seulement de…, mais de… ».
- « Ce n'est pas votre offre qui pose problème, c'est votre positionnement. »
- « L'IA ne remplace pas les humains, elle les augmente. »
- « Le courage n'est pas de ne jamais tomber, c'est de se relever. »
Ces tournures utilisent fréquemment un balancement négation / affirmation.
- Des expressions comme rapide, efficace et intuitif, sont des énumérations par trois qui donnent au texte généré un rythme très régulier.
- Le tiret cadratin (—), est utilisé rarement en français de tous les jours mais est très utilisé par l’IA.
- Le ton d’une IA est constamment positif ou neutre et prend des précautions (« cela dépend de nombreux facteurs », « il convient de nuancer »). Les modèles ont été réglés pour éviter de prendre parti sur certains sujets.
- Les LLM utilisent beaucoup des modificateurs pour compenser l’absence de nuance naturelle. Par exemple notamment, particulièrement, spécifiquement, essentiellement, fondamentalement, intrinsèquement peuvent être considérés comme des adverbes suspects. Crucial/essentiel, significatif, substantiel, robuste, compréhensif, holistique sont des adjectifs souvent très utilisés.
2.3 - Le rythme LinkedIn
L'IA imite facilement le faux rythme des publications pseudo-personnelles de LinkedIn :
- Une accroche dramatisée comme ‘Aux yeux de la société, j'ai raté ma vie’
- Une deuxième phrase d'accroche
- Une série d'anaphores comme ‘Pas de… Pas de… Pas de…’
- Un mot de bascule qui apporte une nuance comme ‘Pourtant’, ‘Bref’
- Des phrases courtes faites pour émouvoir et souvent une maxime finale à portée grandiose.
3. Les indices de structure
La structure ou le plan du document généré par l’IA a souvent les caractéristiques suivantes
- Le plan scolaire et prévisible, il comporte une introduction qui reformule la question, des parties équilibrées, une conclusion distincte « En conclusion » ou « En définitive » qui résume tout.
- Il y a un usage excessif des listes à puces, titres et passages en gras, même si le sujet ou le contenu ne s'y prêtent pas.
- Les paragraphes ont des longueurs très homogènes.
- La fin du document propose de l'aide ‘N'hésitez pas à…’ quand le texte a été copié tel quel.
4. Les indices de fond
Ces indices sont assez caractéristiques d’une IA.
- Il n’y a pas de digression comme une absence de renvoi à ce qui a été écrit plus haut, aucun lien vers d'autres contenus, pas d'allusion à l'actualité et pas de référence culturelle spontanée ni présence d'humour.
- Le document comporte peu d'anecdotes, de détails sensoriels, de souvenirs précis ou d'opinions tranchées. Des généralités mais sans vécu !
- Des erreurs peuvent être énoncées avec assurance comme de fausses citations, des références bibliographiques inventées, des chiffres plausibles mais faux. C’est ce qu’on appelle des hallucinations d’une IA.
- Souvent l’IA ne prend pas de risque, elle couvre tous les angles d’un sujet mais défend rarement une thèse particulière.
- Un élève qui écrit d'habitude avec des fautes et un style oral et qui rend soudain une copie parfaite et formelle est souvent l'indice le plus parlant. C’est l’estimation du décalage avec un auteur supposé.
5. Les détecteurs automatiques
Des logiciels comme GPTZero, Compilatio, Turnitin ou Lucide.ai sont des outils dont la vocation est de mesurer en particulier la perplexité, comment chaque mot est prévisible, et la sporadicité (burstiness) qui mesure la variation de longueur et de complexité des phrases, plus élevée chez les humains.
La fiabilité de ces outils est faible. Des détecteurs, y compris payants, ont classé de vieux extraits de romans comme écrits par une IA, et du texte copié tel quel depuis Claude ou ChatGPT comme humain. Ces outils pénalisent aussi les textes très formels ou qui ne sont pas écrits dans leur langue naturelle et ils se laissent tromper par un texte IA retravaillé.
Le verdict d’un de ces outils ne doit jamais servir de preuve à lui seul.
Vous trouverez ci-après un certain nombre d’outils que vous pouvez tester. Vous verrez que sur un texte donné assez long, les résultats peuvent diverger sensiblement.
- Justdone : https://justdone.com/fr/
- Textguard : https://textguard.ai/fr/detection
- Grammarly : https://www.grammarly.com/fr/detecteur-ia
- GptZero : https://gptzero.me/fr
6. Le filigrane invisible
6.1 - Contexte réglementaire
L'article 50 du règlement européen AI Act sur l'IA, applicable depuis le 2 août 2026, oblige les fournisseurs d'IA générative à marquer leurs contenus par des watermarks ou filigranes (texte, image, audio, vidéo) de façon lisible pour une machine et précise des bonnes pratiques pour s'y conformer.
Anthropic (Claude) a signé ce code et annoncé, mi-août 2026, que ses nouveaux modèles marquent les textes qu'ils produisent dès leur lancement, et ce dans le monde entier. Les fichiers et images reçoivent, eux, des métadonnées de provenance signées (norme C2PA). Google applique une technique comparable, SynthID, dans Gemini.
6.2 - Comment cela fonctionne
La méthode s'inspire de travaux de Google en 2024, aucun caractère caché n'est ajouté au texte :
- Le modèle évalue et sélectionne les mots candidats comme d'habitude
- Au moment du choix final, plusieurs candidats sont mis en compétition
- Une fonction mathématique, basée sur une clé secrète propre au fournisseur et sur les mots précédents, désigne le gagnant
- Ces choix sont imperceptibles pour un lecteur et laissent une empreinte statistique mesurable sur un texte assez long par celui qui détient la clé.
Selon Google ce procédé ne dégrade pas la qualité des réponses.
6.3 - Ce que le filigrane prouve, et ne prouve pas
Il peut indiquer :
- Qu'un modèle donné (celui dont on détient la clé) a généré ou fortement reformulé le texte
- Une intervention de l'IA même après une légère retouche ou un copier-coller
Il ne peut pas indiquer :
- Qu'un texte est humain : l'absence de marque ne prouve rien
- La proportion exacte du texte rédigée par l'IA
- L'origine d'un texte très court (le code n'impose pas le marquage sous environ 200 tokens), produit par un modèle ancien, par un autre fournisseur, ou entièrement réécrit à la main
Autres limites :
- Une simple correction orthographique ne devrait pas déclencher de marquage. Un texte humain traduit ou retouché par Claude peut par contre porter une marque. Anthropic reconnaît que son filigrane n'est pas une preuve définitive. D’ailleurs des chercheurs ont déjà réussi à effacer ou imiter certains filigranes.
- L’outil de vérification n'est pas accessible au public. Il est en préversion privée, réservée aux entités habilitées au titre du droit européen. Un particulier ou un enseignant ne peut pas, aujourd'hui, tester lui-même un texte.
7. Synthèse : grille de lecture
|
Indice |
Ce qu'on observe |
Poids |
|
Décalage avec l'auteur |
Style, niveau ou ton sans rapport avec ses écrits habituels |
Fort |
|
Hallucinations |
Sources, citations ou chiffres inventés |
Fort |
|
Formules balancées |
« Ce n'est pas X, c'est Y », maximes grandioses |
Moyen |
|
Vocabulaire type |
« crucial », « plonger dans », ton de coach enthousiaste |
Moyen |
|
Rythme LinkedIn |
Accroche dramatisée, anaphores, « Pourtant… » |
Moyen |
|
Absence de digression |
Ni humour, ni actualité, ni référence personnelle |
Moyen |
|
Structure scolaire |
Plan prévisible, listes et gras partout, paragraphes égaux |
Faible |
|
Tiret cadratin, triades |
« — » fréquent, énumérations par trois |
Faible |
|
Détecteur automatique |
Score de probabilité IA |
Très faible |
|
Filigrane |
Empreinte statistique (outil non public) |
Fort si présent ; nul si absent |
8. Limites et méthode pratique
Tous les indices de style peuvent être contournés si on demande à l'IA d'écrire plus naturellement, d'imiter un style ou de retoucher le texte. Certains humains peuvent écrire naturellement de cette façon, aussi aucun indice isolé ne suffit.
La méthode la plus sûre reste l’analyse du contexte :
- Comparer avec d'autres écrits de la même personne
- Vérifier les sources, citations et chiffres
- Demander à l'auteur d'expliquer ou de développer oralement ce qu'il a écrit.
Site et vidéos qui ont inspirés cet article :
Comment détecter l’Écriture par Intelligence Artificielle : Guide Complet 2026 : https://cours-ndrc.fr/detecter-ecriture-ia-guide-2026/
Vidéo ‘Comment détecter des textes générés par l'IA sans outils ?’
- Vidéo ‘L'IA laisse une trace invisible dans vos textes. Voici comment ça marche : https://www.youtube.com/watch?v=xoizstGQ2Zk